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vendredi 14 janvier 2011

De l'accord met et vin avec le blanchon

C'était dans les médias cette semaine. Pas les blanchons, mais plutôt le fait que Martin Picard était supposé concocter le souper d'inauguration du bal des neiges à Ottawa. Or, les canadiens anglais (qui détestent le plaisir, c'est bien connu) ont défendu à ce dernier d'utiliser le foie gras. Il s'est donc retiré.

Je dis les canadiens anglais, mais je blague, je les aime bien. La vérité, c'est que c'est une poignée d'activistes qui font du lobbying pour interdire le foie gras  et ils ont eu gain de cause. Parce que, m'voyez, c'est mal le foie gras.

Parce que c'est une pratique inhumaine de "stuffer" des canards.



Vous remarquerez que c'est aussi une pratique inhumaine de génocider un petit million de gens à la machette en afrique, mais ca arrive, et comme c'est loin d'içi, on s'en formalise pas trop. Faudrait quand même pas bouder son plaisir.

Le canard, et l'oie, sont des birdies ayant la capacité de migrer vers des contrées lointaines (parce qu'ils ont pas de bras pour pelleter leur entrée lorsque l'hiver frappe à leur porte, contrairement au citoyen de Laval, qui lui, 95 fois sur 100, a des bras.) et ils se sont donc adaptés au fil de l'évolution. Darwin est d'ailleurs très fier d'eux, qu'il fait dire. Leur foie a la capacité de transformer un intrant (du manger mou, poussé à l'aide d'un bâton) en stock d'énergie. Ca se passe dans le foie. Il devient tout gros, tout gras, et tout délicieux. Et on gave les bêtes pour que ca arrive. C'est horrible. Mais sur le fond, c'est quelque chose que le canard fait lui-même, se faire un beau gros foie hypertrophié et succulent.

Sincèrement, on bouffe pas mal tout le règne animal, parce que ca goûte bon, et que c'est plein de protéines. On s'en fait pas trop pour les poulets, c'est idiot, c'est moche, et en plus ca s'attaque au plus faible du lot dans la société des poulets. Le poulet est un lâche. On se fout donc des conditions atroces d'élevage des poulets. Le gavage, ca prend 15 secondes par canard, 2 fois par jour, et les élevages sont généralement à plus petite échelle que pour le poulet. Personne le fait dans le but de blesser des canards.  Je suis prêt à parier que les canards ont une vie plus chouette que les poulets d'élevages, entre autre parce qu'ils sont élevés par des entreprises à taille humaine, plutôt que par des groupes industrieux. Je prends mon foie gras au canard goulu, près de Québec, et je pense pas qu'ils ranchent des centaines de milliers de canards dans des entrepôts en tôle ondulée.

C'Est comme pour les blanchons. Y'a une surpopulation de blanchons. Et ca se bouffe. Vous voyez l'équation se dessiner?



Or, malheur, le problème, c'est que le blanchon est cute. C'est tout blanc, avec de grands yeux humides, et ca traine sur la banquise. Ca demande qu'à être aimé. C'est trognon. Et l'humain, grand lâche, cueuille le blanchon comme on cueuille le champignon, parce que ca a à peu près l'agilité d'une limace poilue. Mais le blanchon, ca saigne partout sur la neige blanche, et c'est disgracieux. Alors que les thons, y'a pas de problème, c'est moche un thon, on peut donc le surpêcher jusqu'à éteindre l'espèce peinards, y'a pas  d'enjeux de cutiness...

Mais manger des blanchons, si c'est comestible, et qu'il y en a trop, pourquoi pas? En plus, ils vivent à l'état sauvage, ils ont une existence à peu près normale, on les cogne un grand coup avec un bâton, et ils meurent. C'est certain que ca inclue de le tuer, c'est pas jojo, mais statistiquement, la très grande majorité des animaux qu'on bouffe décèdent dans le processus. (Si quelqu'un a des statistiques, ou un graphique pour soutenir ce point, ca serait apprécié)




Les animaux ont divers mécanismes de défense. Le papillon viceroy, son moyen de défense, c'est de ressembler au monarque, qui lui n'est pas comestible. On le bouffe donc pas. Le crocodile, il mange ceux qui essaient de la bouffer. On le bouffe donc pas. Le blanchon, particulièrement rusé, a réussit à décourager le plus grand prédateur de tous les temps (c'est nous ca) en faisant des grands yeux humides. On le bouffe donc pas. Pas con,hein? Faut croire que c'est le meilleur mécanisme... attirer la compassion en étant mignon.

Je regardais une rétrospective d'Infoman tantôt, et un des journalistes demandait à Mme bardot: " La fourrure synthétique, ca prend 10 000 ans à se dégrader, qu'en pensez-vous?" et elle de répondre "Je m'en fous de la fourrure synthétique, je veux juste pas qu'on en utilise de la vraie".

Words of wisdom

Mais, à travers toute ces considérations, le vrai drame à mon avis, c'est que le gastronome aventureux, à cause du manque de moralité entourant la consommation du très trognon blanchon, se retrouve dépourvu de toute aide lorsque vient le moment d'effectuer un accord mets et vins avec ses spécialités de blanchons favorites. Aucun sommelier sérieux ne mettrait en péril sa réputation pour la cause. Voilà, donc, je me lance, avec en prime une recette simple:

Avec le Blanchon-vinaigrette

Pour faire le blanchon-vinaigrette, c'est comme pour les asperges-vinaigrettes, mais remplacez plutôt les asperges par un ou deux blanchons (en fonction de l'apétit) de taille moyenne, bien fermes, tranchés en rondelles sur le sens de la longueur.

Accord: La vinaigrette dénature le vin, optez pour un pinot blanc modestes, simple et rafraîchissant.

Autres pistes harmoniques:

Avec le blanchon cacciatore

   La sauce tomatée du blanchon cacciatore appelle un rouge possédant une bonne acidité, optez pour un sangiovese de bonne naissance, en plus vous aurez un accord régional.

Avec le sandwich crousti-blanchon

     Avec ce sandwich à la boulette de blanchon panée style fast-food, le réel enjeux, c'est la mayonnaise. Prévoyez un blanc enrobé à base de chardonnay, mais frais et équilibré, comme un puligny-montrachet les combettes 2006 ou 2007.

Le shish-blanchon (Alternativement nommé le Blanchon-taouk)

     Vous voyez, ici le piège c'est la sauce à l'ail! Optez pour un rouge léger et rafraîchissant, pourquoi pas un cru du beaujolais sur le très séduisant millésime 2009?

Le blanchon bourguignon

     Avec ce classique, sortez les vins sérieux. L'aspect longuement mijoté et savoureux appellera les bordeaux ayant quelques années de cave, ou encore, le très typique bourgogne rouge de bon niveau, tel un pommard 2002.

Le blanchon farci au foie gras

    Optez pour un liquoreux équitable, parce que quand même, vous avez des principes.

vendredi 24 décembre 2010

De l'art de vivre dangereusement en émettant une opinion sur tel ou tel bien

Je reprends l'analyse d'un ami qui me semble judicieuse.

Savez pourquoi les critiques sont si appréciés dans leur travail, qu'il s'agisse de théâtre, de voitures, de vin ou de restaurants? Parce qu'ils réduisent le risque.

Acheter un bien c'est risqué. Nos moyens étant pas illimités, y'a toujours des chances de se tromper. C'est ce qu'on nomme le coût d'opportunité. Parce que si j'achète un Pétru (on dit un pétru, des pétrus), je rennonce à 27 caisses de fuzion. Ça c'est du coût d'oportunité musclé.

Se tromper ça peut être:

-J'aime pas le vin que j'ai acheté, c'est catastrophique, j'ai "perdu" 14,25$

-Le vin est moins bons que dans le temps, c'est terrible, j'ai perdu tout dignité en amenant ça au party de noël. C'en est fini de mon image de connaisseur wine snob.

-L'accord met et vin est raté, j'aurais du opter pour le merlot maison nicolas plutôt que pour le cabernet, c'en est trop, adieu monde cruel.

Donc, vous voyez bien, c'est risqué acheter du vin. Et les critiques, en se prononcant sur la qualité d'un bien, contribuent à réduire le risque. En disant que le vin "possède une ossature pointue et découpée" (journal voir il y a quelques années) le critique permet au lecteur moyen de reconnaître quelque chose qu'il aime (ou pas) dans un vin, à savoir: une ossature pointue et découpée.

Ça me semble évident. Je suis d'ailleurs très amateur d'ossatures pointue et découpée. C'est la moinde des choses pour un homme de goût.

À mon avis, la meilleure critique tentera de décrire le vin de la façon la plus objective possible. Après coup, ça permet de se reconnaître ou non dans la description, et d'investir ses deniers durement acquis sur le bien en question, ou pas. En même temps, soyons honnête, ce qu'on cherche réellement en achetant du vin, c'est des moments un peu magiques, un peu émouvants. Et les descriptions pleines de superlatifs à l'américaine, ca fait rêver. C'est un peu paradoxal, j'en conviens. Je sais que si je parle avec émotion d'un vin à certains amis, ils se précipiteront pour en acheter, plus que si je déballe une liste d'épicerie de sensations. Je suis pas encore tout à fait certain de la conclusion de ce raisonnement....

Mais procédons, on s'enlise dans les questionnements.

Je me propose donc de vous faire des suggestions pour accompagner vos plats typiques du temps des fêtes. Et à l'instar de certains critiques, je ferai quelque chose d'incroyablement courageux: Je vais me commettre en osant déclarer que certains vins sont bons.

-Avec la dinde chèsse, surtout si vous avez des canneberges en cannes, évitez les vins rouges achèssants, optez pour la bourgogne. Et question d'éliminer le risque, voici une suggestion: Optez pour la romanée 2006 du comte Liger-Bélair, à 800$, et allez en paix: Je vous garantie que c'est bon dans le verre, et que ça coule la dinde avec brio. Vous voilà soulagé, .

-Avec le vol-au-vent au poulet, Optez pour un grand bordeaux blanc. Il y a d'ailleurs du Haut-Brion blanc de dispo. Aucun risque de ce côté, c'est que du bon. Un 600$ bien investi.

- Avec le "ptit pain gumbo", particulièrement si vous utilisez beaucoup de céleri, et un boeuf haché assez relevé vous apprécierez le caractère noblement végétal d'un vieux bordeaux. Foncez pour cos d'Estournel 1985, je vous le confirme, vous pouvez acheter les yeux fermés. Ça le fait grave. Ne me remerciez pas, j'suis comme ça, le coeur sur la main quand vient le temps de défendre les intérêts du consommateur en goûtant des grands vins.

Ce qui m'amène à deux constatations sur la critique en guise de conclusion:

-Faire des accords réussis avec des grands vins, c'est pas très difficile. Faire des accords intéressants avec des vins accessibles, ca prend un peu plus de discernement. J'ai pas de misère à croire qu'un steak avec un haut-brion, c'est sympathique.

-C'est pas particulièrement compromettant de déclarer qu'un solaia de 250$ est bon. Y'a des bonnes chances que ce soit pas mal. C'est défoncer des portes grandes ouvertes... Dire qu'un vin de 14$ est grand, c'est autre chose. Ça prend un peu plus de courage...

En terminant, alors que plusieurs personnes voient dans l'achat d'un vin un risque, celui de tomber sur un vin qui leur plaît pas, moi j'y vois plutôt une opportunité. Celle de faire l'expérience de sensations nouvelle, de découvrir un vin ayant un profil original, une personnalité affirmée. Worst case scenario, c'est pas très bon, et on passe à un prochain appel.

Alors, osez vivre dangereusement!

Joyeuses fêtes, et faites exploser les commentaires avec ce que vous avez dégusté en cette période de célébrations!